Joseph Boyden

Joseph Boyden est un écrivain canadien d’origine indienne. Il a écrit le monumental Le chemin des âmes, retraçant le parcours de deux jeunes indiens, Xavier et Elijah, lors de leur engagement pour la première guerre mondiale, en France. Le roman est narré successivement par Xavier, qui, rentré de la Grande Guerre, raconte agonisant à sa tante son aventure aux premières loges du front, puis par Niska, sa tante, femme mystique ayant été banni de son village et narrant sa jeunesse, et celle des deux jeunes soldats.

Le récit des combats, des violences, de la boucherie de la guerre est plus que réaliste : je sens encore, plusieurs mois après la lecture, les obus sifflés au-dessus de nos têtes, l’odeur des cadavres, la boue sous nos bottes, et même la morphine couler dans notre sang, tellement on a le sentiment d’y être, de suivre Elijah et Xavier dans les tranchées, ou dans leurs escapades de tireurs d’élite.

« Ce n’était plus de ces batailles que les wemistikoshiv livraient autrefois, quand les hommes montaient à cheval et marchaient les uns contre les autres. Ces guerriers là se trouvaient dans des abris souterrains où ils vivaient comme des bêtes nocturnes pendant que, du ciel, pleuvait du fer qui explosait en tuant des multitudes. »

Les scènes de guerre racontées par Xavier, en demi coma dans une barque voguant au fil d’une rivière canadienne alterne donc avec les retour en arrière de Niska. On y découvre une culture indienne, sauvage et superstitieuse, harmonieusement appuyée sur les cycles de la nature, et encore épargnée par l’invasion occidentale. Lorsque plus tard, les européens envahissent leur espace, pourtant isolé du reste du monde, pour y établir un commerce et faire disparaître  la culture Cree, Xavier et son ami Elijah grandissent dans un internat protestant. Ils finissent par fuguer pour vivre avec Niska dans la forêt et apprendre les rites indiens comme le tir au fusil. Ainsi on retrouve sur le front, les deux jeunes hommes aux pratiques ancestrales et à l’oeil impitoyable.

Joseph Boyden aborde aussi le thème de la folie dans cette histoire, et notamment à travers la culture Cree. Ainsi , on écoute Niska raconté l’histoire d’un indien devenu fou, tué par sa femme, le village l’ayant banni, considérant la démence comme une malédiction inexorable, transformant l’être pour toujours. Aussi, on éprouve, au fil du roman, les mêmes doutes qu’a Xavier sur son ami Elijah. Celui-ci devient morphinomane et succombe aux hallucinations et à la folie qu’implique la drogue. Finalement, Xavier se doit de respecter le rituel imposé aux fous, malré l’amour qu’il porte à son ami, car tel est le chemin de son âme…

« Mais quand le liquide doré court dans ses veines ! Même la nuit, le monde se nimbe d’une lumière douce. Il entend parler des hommes et comprend ce qu’ils disent vraiment, derrière le paravent de leurs mots. Il eut voler loin de son corps à sa guise; contempler le monde au-dessous, ce mode créé par l’homme, et voir malgré tout la beauté qu’il recèle. Il devient le chasseur dans ces moments-là, l’invincible chasseur qui eut rester des heures immobiles, des jours immobiles, ne bougeant que pour s’emplir de nouveau de morphine, scrutant l’ennemi sans cesse avec les yeux du busard. »

Un très beau livre, qui révèle un auteur prometteur. Le contraste entre les deux narrations, l’une mystique, rétrospective, relatant du choc des cultures entre indiens et occidentaux, et l’autre mouvementée, nous plongeant en pleine action, dans le tumulte de la Grande Guerre, est grandiose. Un roman historique dont les multiples regards gardent une trace indélébile dans notre âme.

Note subjective : 9/10

 

En 2009, est sorti le deuxième volet du triptyque de Joseph Boyden, Les saisons de la solitude. Cette histoire suit la même trame que Le chemin des âmes, dans le sens où l’on suit cette fois le petit fils de Xavier, Will, ainsi que le parcours de sa nièce dévoué, Annie. Ce saut générationnel, aussi passionnant et surprenant soit-il, n’omet pas pour autant l’ authentique culture Cree, que l’auteur sait si bien décrire et animer dans notre imaginaire.

La narration croisée, entre l’oncle Will, en coma profond et sa nièce, rappelle la liaison spirituelle de Niska et de son neveu. Will relate ses différents avec Marius, un dealer malfaisant au village, et en vient à commettre une terrible erreur qui le contraint à l’exil. Je retiens de la narration de ce personnage, le courage qu’il démontre en s’isolant dans la forêt pendant plusieurs mois et sa relation très touchante avec une amie retrouvée. Enfin, sa propension à la boisson, à la résignation, peut rendre Will pathétique et dévoiler une personnalité complexe et intéressante.

Quant à Annie, qui raconte son histoire au chevet de son oncle, elle apparaît comme une jeune fille marginale, sauvage, en contradiction avec sa soeur, qui elle réussit dans le mannequinat. A sa recherche, elle rencontrera une indien muet, qui le suivra et la protégera durant toutes ses péripéties, et de là s’en suivra des sentiments fusionnels, mi-fraternels, mi-amoureux. La découverte de New-York, sur les traces de sa soeur, lui permettra un parcours des plus fulgurants dans la société mondaine, superficielle et éphémère de la mode et de la nuit. Au moment où elle raconte qu’elle s’éprend d’un Dj, sous ecstasy, au milieu des spots, des basses et de la foule urbaine, Will chasse l’orignal dans les bois, seul au monde. Le contraste est superbe et demeure une des clés majeures de lecture de l’oeuvre de Boyden.

Les analogies entre les deux romans ne sautent pas aux yeux : il ne s’agit pas d’une saga, les deux univers diffèrent d’époques et de lieux, les histoires sont indépendantes. Pourtant on ne peut lire Les Saisons de la solitude sans remarquer les liens qui unissent Niska et Annie, Xavier et Will. Le mystique de la spiritualité indienne, les forêts canadiennes, la famille, et quelques détails délicatement parsemés tendent à constater que le monde évolue considérablement mais que, hélas ou heureusement, certains lieux, certains sentiments, ne changent pas.

Note subjective : 8,5/10

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