La Mer

Comment, à la vue de cette étendue d’eau que l’horizon épouse, ne pas admirer la profusion houleuse de ses reflets, le rejet perpétuel de son écume, le lapement de son embrun, les plis souples de son manteau aux bleus innombrables ? La mer est sans doute l’objet éternellement peint par l’artiste et le sujet le plus lyrique de chaque plume.

En cela, elle contient un certain infini d’espaces, de gouttes, d’énergie. Devant elle on se compare à ces rochers qui lentement deviennent, par son action, grains de sable, à son intemporalité qui nous ramène à considérer le temps d’une vie parfois avec angoisses ou bien en avec une nouvelle sérénité.

La mer et ses méditations conviennent à ces parenthèses, au sein desquelles on se surprend à toutes sorte d’envol, poétiques, métaphysiques, qui nous font nous asseoir un instant, et épouser de par ses gigantesques courbes et son grondement « la symphonie de la vie réelle ».

Michel Houellebecq et la Mer

“Après quelques minutes de marche j’arrivais en vue d’un lac largement plus grand que les autres, dont, pour la première fois, je ne parvenais pas à distinguer l’autre rive. Son eau, aussi,était légèrement plus salée. C’était donc cela que les hommes appelaient la mer, et qu’ils considéraient comme la grande consolatrice, comme la grande destructrice aussi, celle qui érode, qui met fin avec douceur. “    La possibilité d’une île.

Charles Baudelaire et la mer

« Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! une petite voile frissonnante à l’horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions. »     Le Spleen de Paris.

Thomas De Quincey et la Mer

 « L’océan, avec sa respiration éternelle, couvé par son vaste calme, personnifiait mon esprit et l’influence qui le gouvernait alors. Il me semblait que pour la première fois, je me tenais à distance et en dehors du tumulte de la vie; que le vacarme, la fièvre et la lutte étaient suspendus; qu’un répit était accordé aux secrètes oppressions de mon coeur; un repos férié, une délivrance de tout travail humain. »     Les Paradis artificiels.

Boris Vian et la Mer

« Arrivé au bord de l’eau, Wolf respira profondément l’air salé et s’étira. À perte de vue, l’Océan s’étendait, mobile, calme, et le sable plat. Wolf acheva de se déshabiller et entra dans la mer. Elle était chaude et délassante, et sous ses pieds nus, c’était comme un velours gris-beige. Il entra. La grève s’abaissait insensiblement en pente douce, et il lui fallut avancer longtemps pour avoir de l’eau jusqu’aux épaules. Elle était pure et transparente ; il voyait ses pieds blancs plus gros qu’en réalité, et les petits nuages de sable soulevés par ses pas. Et puis il se mit à nager, la bouche à demi ouverte pour goûter le sel brûlant, plongeant, de temps en temps, afin de se sentir tout entier dans l’eau. »

L’Herbe rouge.

Albert Camus et la Mer

« Dans le ciel balayé et lustré par le vent, des étoiles pures brillaient et la lueur lointaine du phare y mêlait, de moment en moment, une cendre passagère. La brise apportait des odeurs d’épices et de pierres. Le silence était absolu. » 

La Peste.

Henri Michaux et la Mer

« J’étais au bord d’une mer inconnue. les dernières vagues de cette mer sur le rivage m’atteignaient. Chacune de ces vagues e roulait, m’enveloppait, m’enveloppait et me mettait en jouissance, non à l’extrême bord qui précède la jouissance, et à ce moment, brusquement, se retirait, se trouvée retirée, et je restais seule insatisfaite, puis revenait la mer comme une respiration, les vagues roulaient jusqu’à moi et me renversaient et me mettaient presque en jouissance, une jouissance qui eût été inouïe, fantastique, elle arrivait, elle était là, quand le flux avec brusquerie la reprenait; et je restais là, insatisfaite, martyre, et puis la mer revenait avec élan, rejetant ses vagues vers moi, m’enroulant, cette fois sauvée, me retournant, m’arrachant, quand à l’instant même de l’abandon, la vague partait, était partie; puis ces vagues revenaient, revenaient… et j’étais là pensive, rêveuse dans la vague qui cette fois m’enlaçait, allait me combler quand, mais de plus en plus vite et de moins en moins, une vague d’une mer véritable, de la mer salée de nos plages, mais une mer immatérielle, rapide, rapide, rapide presque me roulait à mort, me rejetant tout de suite avant la fin, me reprenant amoureusement, me rejetant… »    L’Infini turbulent.

Le Haïku et la Mer

« La tourment d’hiver

à la fin s’abolit

dans le bruit de la mer. »  

Gonsui.

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