Ólafur Arnalds

Olafur Arnalds est islandais et consacre sa vie entière à la musique. Sans doute accessible au spectre autistique, il ne s’exprime que par la multitude d’instruments qu’il exploite avec génie. Aussi à l’aise à la batterie, qu’avec les cordes, ou encore lorsqu’il compose sur ordinateur, il possède en lui ce talent et cette sensibilité à fleur de peau, donnant à sa musique ce côté si palpable et presque toujours transcendantale.

On pourrait qualifier sa musique d’Ambient acoustique ou de néo-classique mais ce serait l’étiqueter comme un produit de courante consommation, ce qui se trouve être l’antipode de son travail; Toujours très intime et experimentale, sa musique allie la douceur pure des immanquables violons et pianos à la sonorité industriel des rythmes électroniques et autres incidents techniques inconvenus.

Souvent mélancolique, un schéma presque cinématographique, avec montées en tension et relâchements, Olafur Arnalds exploite les possibilités de chaque instrument et pousse l’harmonie jusqu’au paroxysme, bouleversant. Ainsi, il peint le décor de notre imaginaire, de notre nostalgie et de nos rêveries les plus secrètes, la musique se révolutionne en rivière et nos sentiments deviennent ruisseaux.

Son parcours est complexe, hétéroclite, il enchaîne les EP, les collaborations, notamment avec Sigur Ros, le fameux chanteur islandais, et s’accomplit, en 2010, avec l’album …and they have escaped the weight of darkness, à l’âge de 24 ans puis deux ans plus tard, c’est à dire tout récemment, avec l’album Living Room Songs.

J’explore Internet pour retenir quelques morceaux, régulièrement, à chaque fois il me surprend et m’émeut, sans qu’on n’assiste, comme chez beaucoup d’artistes, aux lâches retournements de veste commerciaux direction culture de masse.

Quelques liens sélectionnés pour esprit ouvert, âme en quête de ballades solitaires sur herbe fraîche, clôtures en bois et cadenas rouillés, abandonnez-vous :

Gleypa Okkur : Comme sur une barque, Même le rythme un peu bancale devient mélodique…

http://www.youtube.com/watch?v=sRxtLZtM880

Loftio Verour Skindilega Kalt : Une épopée noire, les violons pleurant la même histoire se rejoignent délicatement sur le piano imperturbable.

http://www.youtube.com/watch?v=Ar2lSFBl6lA

Son dernier album, Living room songs, qu’il a enregistré et filmé chez lui, avec un groupe de violonistes/violoncellistes :  Deux vidéos, Near light et Fyrsta :

http://www.youtube.com/watch?v=UHVh_L_kv1Q&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=SDezzDQVy6M&feature=relmfu

La Femme

La Femme aurait inventer l’amour. Cela peut paraître primitif, mais prouve que cet être se distingue de l’Homme, en ceci qu’elle enfante et materne, dispose donc d’instincts différents, voire supérieurs à ceux de la compétition et de la violence, que je crois, à l’origine, propres au sexe masculin. Son rôle, sa place dans la société évolue à travers les époques et les civilisations : Aujourd’hui, on peut affirmer qu’elle est en position de force pour accomplir son désir d’égalité entre les sexes. Peut-être que certaines féministes, manquant de finesse, justement pas très féminines, bousculent excessivement l’histoire. Mais après tout, nous vivons dans un monde où le machiste est en voie de prohibition, où la figure du pater familis perd de sa légitimité et où la féminisation, l’androgynéité se démocratise.

Quant à la littérature, la Femme demeure manifestement un sujet de prédilection pour tout écrivain et pour tout poète. Lorsque ce n’est pas pour déclarer un amour réel ou fictif, c’est pour la décrire de toutes ses voluptés, la parer de parfums élogieux ou carrément la considérer comme un être infini et divin. La Femme ne peut que se plaindre de ne pas être assez lu, et non de ne pas être vu ni écrit, encore faut-il qu’elle sache voir en oubliant son image, et exploiter celle de l’Homme;  Ce qui s’avère, je pense, moins passionnant, moins poétique, moins littéraire …(?)

Gérard De Nerval et la Femme

« Le premier homme qui a comparé une femme à une fleur était un poète, le deuxième un imbécile. »

Michel Houellebecq et la Femme

« Il n’ y a pas de silence éternel des espaces infinis, car il n’ y a en vérité ni silence, ni espace, ni vide. Le monde que nous connaissons, le monde que nous créons, le monde humain est rond, lisse, homogène et chaud comme un sein de femme. »     Les Particules élémentaires.

Friedrich Nietzsche et la Femme

  « Les hommes ont jusque à présent traité les femmes comme des oiseaux qui, descendus de quelque hauteur se seraient égarées jusqu’à eux : comme quelque chose de plus raffiné , de plus vulnérable , de plus sauvage , de plus singulier , de plus doux , de plus sensible , – mais comme quelque chose qu’il faut mettre en cage pour l’empêcher de s’enfuir. »     

Le Gai Savoir.

« Les mêmes passions ne cessent d’avoir un rythme différent chez l’homme et la femme : c’est pourquoi, entre eux, les malentendus n’ont pas de fin. »

Le Gai Savoir.

La femme dans la musique . – comment se fait – il que les vents chauds et pluvieux amènent aussi la disposition à la musique et le plaisir inventif pris à la mélodie ? Ne sont -ce pas les mêmes vents qui emplissent les églises et donnent aux femmes des pensées amoureuses ? 

Le Gai Savoir.

Jules Barbey D’Aurevilly et la Femme

« Les hommes sont tous les mêmes. L’étrangeté leur déplaît, d’homme à homme, et les blesse ; mais si l’étrangeté porte des jupes, ils en raffolent. Une femme qui fait ce que fait un homme, le ferait-elle beaucoup moins bien, aura toujours sur l’homme, en France, un avantage marqué. »

Les Diaboliques.

Philippe Claudel et la Femme

« Elle s’arrêta ensuite devant les cendres du drapeau, puis elle releva deux chaises tombées, arrangea, l’air de rien, des fleurs sèches dans un vase, effaça sans remords le tableau et les vers inachevés, puis sourit au maire qui fut cloué sur place, cloué par ce sourire de vingt ans, tandis qu’à moins de quinze lieues on s’égorgeait à l’arme blanche en faisant dans son froc et qu’on mourait par milliers chaque jour, loin de tout sourire de femme, sur une terre ravagée où même l’idée de femme était devenue une chimère, un songe d’ivrogne, une insulte trop belle. »     Les âmes grises.

Charles Baudelaire et la Femme

« L’homme qui, dès le commencement, a été longtemps baigné dans la molle atmosphère de la femme, dans l’odeur de ses mains, de son sein, de ses genoux, de sa chevelure, de ses vêtements souples et flottants, y a contracté une délicatesse d’épiderme et une distinction d’accent, une espèce d’androgynéité, sans lesquelles le génie le plus âpre et le plus viril reste, relativement à la perfection dans l’art, un être incomplet. »

Les Paradis artificiels.

Albert Camus et la Femme

« A l’idée que cet homme, à la minute même, revoyait des gestes précis de Marthe et sa façon de mettre son bras sur ses yeux au moment du plaisir, à l’idée que cet homme aussi avait essayer d’écarter ce bras pour lire la levée tumultueuse des dieux sombres dans les yeux de la femme, Mesrault sentit tout crouler en lui. »   La mort heureuse.

Louis Aragon et la Femme

« Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne…

Voilà, ça c’est parlé. Si je pouvais, comme on respire, dire des phrases dans ce genre, peut-être la conversation serait-elle possible… Il est vrai qu’on n’a jamais su ce qu’elle lui a répondu, à Baudelaire, la femme… »  

Elsa.

« Il n’est plus de saison pour la rose vois-tu

Car ceux là qui vont lire un jour Elsa mes vers

N’y peuvent séparer ton nom de l’univers

Et leur bouche de chair modèle ta statue »

Elsa.

Melancholia

Il s’agit du dernier film du réalisateur danois Lars Von Trier. Sorti en salles le 10 Août 2011 en France, «Melancholia» n’a pas fait tant polémique que le précédent film du réalisateur «Antichrist», l’ambiance et la trame narrative ne démontrant pas d’évidentes corrélations, cependant, sur la plan purement technique, on reconnaît la main et l’œil de Lars Von Trier.

Il a toutefois fait preuve d’une grande liberté, voire de provocation dans un genre qu’il expérimente, la science-fiction. En effet, «Melancholia» est un film ayant pour ligne directrice la dualité: deux planètes menacent de se rencontrer, la Terre et Melancholia, deux sœurs, Justine et Claire, interprétées respectivement par Kristen Dunst et Charlotte Gainsbourg, dont les personnalités s’opposent dessinent un caractère bipolaire dans la construction du long-métrage. D’ailleurs, en plus du prologue, le film se compose de deux parties, traitant chacune de l’une des sœurs. A cela s’ajoute l’angoisse, de plus en plus palpable, filmée caméra sur l’épaule, qui s’accroît au rythme de l’imminence de la catastrophe.

La première partie est donc consacrée à Justine et à son mariage, parfaitement organisé, dans une demeure suédoise majestueuse. Elle s’isole, panique, alors que tout semble idyllique; elle et son génie l’emportent vers les tréfonds de la mélancolie, au fur et à mesure que la planète, avec laquelle elle se sent liée, approche. Justine sait qu’elle va mourir et Claire tente en vain de lui faire retrouver son calme. Et c’est tout l’intérêt de la seconde partie qui offre un duel passionnel et ambiguë entre Justine qui s’effondre le sourire aux lèvres et Claire qui devient hystérique en niant la fin du monde inexorable, malgré les prédictions énigmatiques de sa sœur. L’une n’est malade que de la vérité quand l’autre est prisonnière du mensonge.

La fin du film, provoque par le choc entre les deux astres et l’anéantissement du monde, révèle l’intention poétique du réalisateur. A l’image des averses de pollen, des hennissements apocalyptiques et l’union des deux sœurs et du fils de Claire se réfugiant sous des brindilles, tandis que le bleu-vert mélancolique du corps étranger gigantesque s’étend sur la surface du globe et balaie toute trace de vie.

Les dix premières minutes de «Melancholia» que constitue le prologue propose un résumé onirique du film à venir. Chargées de symboles, les images apparaissent comme des tableaux en mouvement. Le ralenti à 1000 images par seconde bercé par le prélude de Tristan et Isolde par Wagner nous offrent une entrée en matière magistrale, «monumentale» selon Lars Von Trier. De fait, ce prologue n’est pas sans rappeler celui d’Antichrist. En effet, construit avec les mêmes bases techniques, galvanisant de même nos émotions sans ménagements, ces deux prologues dévoilent une intention de l’artiste d’amener le spectateur à plonger brutalement dans des univers aussi particuliers et sombres que sont ceux de «Melancholia» et «Antichrist».

Ainsi, dans ce prologue de «Melancholia», on peut entrevoir des références au romantisme allemand, entre autres, de par cette sensation de solitude et d’âme torturées que le jeu des acteurs, la lumière et les couleurs froides offrent à contempler. Il est certain que Lars Von Trier cherche à blâmer l’art moderne du XX ème siècle quand il expose ce florilège dithyrambique aux couleurs de l’art de la Renaissance. Aussi, le tableau de Bruegel, «Les chasseurs dans la neige» atteste de cette opposition, de surcroît lorsqu’on observe la scène dans laquelle Justine remplace brusquement des tableaux suprématistes et cubistes du russe Malevitch par ceux de contemporains de Léonard De Vinci.

On a donc bien la preuve que le réalisateur danois a pour ambition d’élever l’esthétique de son œuvre jusqu’à un formalisme classique, rarement exploité au cinéma, s’inspirant de ses passions dépressives qui alimentent «Melancholia». Sans doute que Lars Von Trier souhaite implicitement, au delà et à travers ses deux derniers films, peindre sa vie de telle manière à l’ériger en œuvre d’art, selon le concept Nietzschéen.

Le plus beau film 2011. Extrait du prologue de Melancholia décrit ci-dessus (Youtube) :

http://www.youtube.com/watch?v=Y0iSRQ3-v6M

Extrait du prologue d’Antichrist (Youtube) :

http://www.youtube.com/watch?v=uhLXUeg1bLE

André Comte Sponville

André Comte-Sponville est un philosophe contemporain toujours en activité qui souhaite ouvrir la philosophie à un large public, ou tout du moins, ne pas la restreindre à un lectorat élitiste et savant. Ses positionnements sont clair: Humaniste athée, rationaliste et pragmatique, libéral de gauche, ses auteurs de prédilection sont Montaigne, Spinoza, Epicure, et s’intéresse particulièrement à la spiritualité boudhiste.

Pour me lancer dans la philosophie, et pour contre-balancer Nietzsche, je me suis lancé dans ses bouquins, aux titres toujours bien définis, portant sur des sujets traditionnels comme l’amour, la politique, le bonheur, l’espoir…

J’ai découvert ce philosophe il y a quelques années avec son Dictionnaire philosophique, qui regroupe les concepts et les doctrines étudiés à travers les époques de la philosophie : Antiquité, Renaissance, époques moderne et contemporaine.  Son écriture est très rationnel, très concise, c’est un plaisir de suivre son raisonnement : Il écrit pour être compris, aussi pour que son propos soit débattu,contredit ou prolongé.

Je pioche de temps en temps quelques définitions dans ce Dictionnaire, il m’aide à saisir objectivement les idées, sans partialité ou superficialité. Il est un peu une actualisation moderne du Dictionnaire philosophique de Voltaire, auquel, j’admets, je n’ai pas manifester autant d’intérêt. A consulter ou à s’approprier (20e), c’est une bonne entrée en matière pour un philosophe en herbe (que nous sommes tous, selon lui !).

Dans l’esprit de l’athéisme (2006), Comte-Sponville érige la spiritualité de telle manière qu’elle se suffirait sans religion, sans dogmes, sans églises ni croyances. Il pense que la déchéance du christianisme aujourd’hui comporte le danger du nihilisme. Autrement dit, ce livre nous apporte une façon neuve de penser en ayant la foi en l’homme plutôt qu’en un Dieu, qui agonise.

J’ai trouvé juste le fait qu’à notre époque, beaucoup de gens ont perdu cette spiritualité qui implique un code moral, des valeurs de vivre, que la religion délaissé entraîne dans sa tombe. On constate un peu l’idée que Dieu est mort mais finalement pas la spiritualité humaine.  Intéressant, honnête, mais en somme peu convaincant.

J’ai lu également, l’été dernier, Le capitalisme est-il moral?, (2008). Premièrement, la définition très précise et très objective de ce système m’a procuré un soulagement fou, dans le sens où, comme je crois beaucoup de gens, je n’en avais qu’une conception vague et contradictoire du fait des commentaires partisans de tous bord qu’on entend ça et là.

Moi même me revendiquant d’aucun parti, d’aucune doctrine, André Comte-Sponville a réussi son pari qui est de séparer le politique de la morale, deux choses nécessaires mais qui doivent se distinguer dans nos esprits. Je pense que c’est vrai!    Il ne faut pas confondre la manière dont l’homme doit s’organiser avec le bien et le mal qu’il invente.

Le capitalisme est un progrès « humain », il correspond à son image, celle d’un prédateur intelligent sachant créer un système lui permettant de libérer sa compétitivité instinctive. Le problème réside dans ce que l’on en fait : il ne doit pas être justement un code moral, ni un refuge ou un absolu. Ne tombons pas non plus dans le piège des anticapitalistes fanatiques, qui pour l’instant, ne savent inventer mieux. N’empêche qu’aujourd’hui cela presse puisque le capitalisme mondial s’écroule…

L’amour la solitude est un petit livre recueillant trois entretiens dans lesquelles André Comte-Sponville répond à des questions sur le thème de l’amour. On y parle de la philosophie et de sa finalité, de l’art et de la sagesse aussi. Il propose un cheminement qui m’a beaucoup plus, autant sur le fond que sur la forme, pour parvenir à une sorte d’acceptation de notre solitude, afin que nous puissions être heureux, définitivement.

Il relate de ses expériences mystiques personnels, nous emporte intimement sur des propos sentimentaux, nous laissant le le coeur à la méditation pour mieux nous exposer son objectivité philosophique.

Difficile à résumer, à expliquer, mais réellement passionnant, je vous conseille de réserver une après-midi sur la plage ou autre lieu calme et propice à la sincérité pour lire ce bouquin. J’en suis ressorti un peu bousculé mais avec un léger sourire de sérénité, qui désormais ne me quitte plus.

« On ne philosophe pas pour passer le temps ou pour faire joujou avec les concepts : on philosophe pour sauver sa peau et son âme. »

Enfin, j’ai terminé avec Comte-Sponville sur le traité philosophique Le bonheur désespérément. Son point de vue est que le bonheur, notre objectif secret à tous, possède plusieurs interprétations, et qu’il s’agit pour lui de ne pas le confondre avec l’illusion de l’espoir, d’où le titre.

Clair, concis, il m’a permis de me pencher sur mes propres attentes et mon acceptation de la réalité. C’est son but. Pour faire simple, il prône une existence non pas sans espoir, car cela est propre à l’Homme, mais en tentant de la corriger, de la mettre en application, de la remplacer autant que possible par la volonté et l’action, ce qui rationnellement me paraît tout à fait censé et réalisable.

« Il y a ce qui dépend de nous, et ce qui n’en dépend pas, disaient les stoïciens, et ils avaient raison. Mais ce qui dépend de nous (la volonté, la pensée…) dépend de mille facteurs qui n’en dépendent pas. […] Il convient donc d’avoir le bonheur modeste et le malheur serein : ni l’un ni l’autre ne sont mérités. »

C’est une sorte de guide pratique sur le bonheur, par quels moyens y accédons-nous, de quoi devons-nous nous débarrasser, quelles doivent être nos attentes légitimes de l’existence dans la mesure de notre condition? Ce livre m’a beaucoup servi, et notamment dans la vie de tous les jours, il faut cependant commencer par se regarder en face, se connaître un minimum pour arraisonner de telles thèses, même si celle-ci reste largement abordable.

« Ce que disent les gens, le plus souvent, ne sert qu’à les protéger : rationalisations, justifications, dénégations,… A quoi bon ? Le silence vaudrait mieux. La parole ne m’ intéresse que lorsqu’elle est le contraire d’une protection : un risque, un aveu, une ouverture, une confidence… »   

 

Voici le lien d’une conférence d’André Comte-Sponville sur l’amour, publiée en plusieurs morceaux sur Dailymotion. Il organise son discours sur les trois sens que peut avoir l’amour : Eros, Philia, Agape.

http://www.dailymotion.com/video/x8cv0h_andre-comte-sponville-nous-parle-d_news?search_algo=1

 

Edward Munch

Cet hiver, le musée des beaux-arts affichait : Edward Munch, peintre expressionnisme norvégien du 19ème siècle. Je ne connaissait pas, et m’ intéressais à l’histoire de l’art, alors je me suis plongé dans la galerie, en démarrant sur sa biographie, touchante, puis à travers les six thèmes de l’exposition, très bien agencée : La mélancolie, la Norvège, la femme, la mort, l’angoisse, le couple.

Je fus saisis par l’effroi qui ressortait de chaque tableau, on reconnait aisément l’angoisse, caractéristique majeure du symbolisme pictural de Munch, que l’on connaît tous dans « Le cri ». Les citations proposées par les galeristes étaient soigneusement sélectionnées pour émouvoir et entraîner le promeneur.

« Je n’ai jamais aimé. J’ai ressenti l’amour qui déplace les montagnes et transforme les êtres – l’amour qui déchire, fait chavirer le coeur et boire le sang. Mais je n’ai pas pu dire à quelqu’un – femme, c’est toi, je t’aime. Tu es tout pour moi. »

Le Vampire, 1893.

Les paysages et les personnages ainsi représentés s’imprègnent d’une beauté naît de la douleur et de l’extrême sensibilité du peintre scandinave. On ressent grâce aux couleurs passionnelles et aux lignes troubles du dessin, la gestuelle instinctive témoignant d’une volonté de retranscrire l’émotion pure, primesautière. A l’époque, cela était bien sûr considéré comme hérétique, décadent, pour l’institution académique. Mais Munch était particulièrement soutenu par l’ avant-gardisme allemand.

Soirée sur l’avenue Karl Johan, 1892.

« Je marchais sur la route avec deux amis – le soleil se couchait – je sentis comme une bouffée de mélancolie – Le ciel devint soudain rouge sang. Je m’arrêtai et m’adossai épuisé à mort contre une barrière – je vis les nuages flamboyant comme du sang et une épée, la mer et la ville d’un noir bleuté. Mes amis poursuivirent leur chemin, je restai là frissonnant d’angoisse, et je sentis comme un grand et interminable cri traversant la nature. »

Mélancolie, 1891.

Edward Munch était un artiste côtoyant précocement la maladie, la mort des proches, et l’abandon sentimental. Il perd très tôt sa mère, sa soeur puis son frère. De là s’ensuit une dépression nerveuse, sans doute source d’inspiration et l’art devient un refuge, un exutoire.

Enfant malade, 1896.

Les Boréales, cette année, m’ont beaucoup apporté, les travaux, les vies et les personnes de Munch et Minnkinnen restent gravés en moi et je vous recommande vivement le festival 2012 du même nom qui se déroulera à la fin de l’année.

Une citation d’Edward Munch, révélatrice et synthétique de sa peinture, qui m’a considérablement ému :

« Je ne peins pas ce que je vois mais ce que j’ai vu. Je peins et je pense dans le présent. Je vis dans le passé et le futur. »


La Folie

La Folie, c’est le dépassement des limites de la conscience, c’est marcher hors frontières, au-delà d’une norme nécessaire,  être plusieurs, être ailleurs, c’est confondre la réalité avec une interprétation. Cela est une prison lorsque le retour n’est pas possible, car elle isole et contraint, peut-être un danger réel; ou une pente naturelle, une dérivation ponctuelle par laquelle on s’évade, avant de désenchanter. Souvent liée au déni et à l’imagination, elle se décline peu ou proue en chacun de nous. En cela, tout peut-être considéré comme fou, autant la manie normative du jour que les fantaisies nocturnes.

Philippe Claudel et la Folie


« La folie, c’est un pays où n’entre pas qui veut. tout se mérite. En tout cas, lui, il y était parvenu en seigneur, larguant les amarres et les ancres avec la panache d’un capitaine qui se saborde seul, debout à la proue. »   Les âmes grises.

« La vérité c’est que la foule elle-même est un monstre. Elle s’enfante, corps énorme composé de milliers d’autres corps conscients. Et je sais aussi qu’il n’y a pas de foules heureuses. Il n’y a pas de foules paisibles. Et même derrière les rires, les sourires, les musiques, les refrains, il y a du sang qui s’échauffe, du sang qui s’agite, qui tourne sur lui-même et se rend fou d’être ainsi bousculé et brassé dans son propre tourbillon. »    Le Rapport de Brodeck.

 

Voltaire et la Folie

« Un des docteurs pourra répondre : « Mon confrère, Dieu a créé peut-être des âmes folles, comme il a créé des âmes sages. » Le fou répliquera : « Si je croyais ce que vous me dites, je serais encore plus fou que je ne le suis. De grâce, vous qui en savez tant, dites-moi pourquoi je suis fou. »

Si les docteurs ont encore un peu de sens, ils lui répondront : « Je n’en sais rien. » Ils ne comprendront pas pourquoi une cervelle a des idées incohérentes ; ils ne comprendront pas mieux pourquoi une autre cervelle a des idées régulières et suivies. Ils se croiront sages, et ils seront aussi fous que lui. »    Dictionnaire Philosophique.

Sigmund Freud et la Folie

 « N’oublions pas que la situation analytique est fondée sur l’amour de la vérité, c’est-à-dire sur la reconnaissance de la réalité, ce qui doit en exclure toute illusion et toute duperie. »     Analyse finie et infinie.

« Le mélancolique n’est malade que de la vérité quand l’hystérique est prisonnier du mensonge. »

Henri Michaux et la Folie

« Je vois. Non je ne vois pas. Si ce sont des visions. Non ce sont des effacements de visions, des entreprises spasmodiques de visions. C’est comme si, sur un portail de cathédrales, cent statues de saints peu différents et vus d’assez loin changeaient de niches, chaque demi-seconde, l’un avec l’autre, mais si prestement qu’ils occuperaient la niche de l’autre, sans qu’on voit leur passages, mais seulement le résultat de la substitution, qui du reste, s’invertira aussitôt, aussitôt et sans fin. »    L’Infini turbulent.

« A mes yeux rendus hypersensibles, les lampes font mal. Je les éteins sauf une. C’est pire. C’est angoissant. Elle m’enfonce dans la pente de moi. Comment est-ce possible? Une lampe toute simple, posant un doux cône de lumière autour d’elle!  J’y suis, dans ce moment fâcheux, elle me rappelle la folie, se trouve être l’image même de la folie : un cercle éclairé et tout le reste dans la pénombre. C’est ça : le cercle enchanté d’où on ne peut plus sortir, où quelque chose  à vous seul apparaît, qui vous coupe du reste. C’est ça, la corde au cou, tout le monde s’en rendant compte sauf vous. »   L’Infini turbulent.

Friedrich Nietzsche et la Folie

« La démence est rare chez les individus, elle est la règle en revanche dans un groupe, un parti, un peuple, une époque. »

Par delà le bien et le mal.

Joseph Boyden et la Folie

« Je regarde Elijah. Il est renversé sur le dos et rit en regardant le ciel. Un filet de sang ruisselle sur sa joue sans s’arrêter, un éclat de schrapnel, peut-être. Il n’a pas l’air de s’en rendre compte. »   Le Chemin des âmes.

« Tu es devenu fou. De là où tu es allé, on ne revient jamais. […] je sais que les mots qu’il veut me dire, je ne peux les laisser retentir : je dois mettre un terme à tout cela. »   Le Chemin des âmes.

Charles Baudelaire et la Folie

« C’est la punition méritée de la prodigalité impie avec laquelle vous avez fait une si grande dépense de fluide nerveux. Vous avez jeté votre personnalité aux quatre vents du ciel, et maintenant vous avez de la peine à la rassembler et à la concentrer. »    Petits poèmes en prose.

 

Friedrich Nietzsche

Nietzsche est un acteur célèbre de la philosophie moderne, de par ses discours très critique à l’endroit de la civilisation occidentale; pourtant le contenu de sa pensée est souvent simplifiée ou mal interprétée.

Il érige les qualités naturelles de l’homme,dont sa fameuse volonté de puissance, que la science et la psychologie du 19 ème siècle étudient objectivement, pour  reconstruire une humanité « supérieure », et jugent les sociétés et les idéologies naissantes sur les ruines du christianisme comme décadentes ou illusoires. En cela, il est lui-même dans l’utopie, mais consciemment, ainsi son rôle devient d’observer sans jugement et sans morale, avec une distance nécessaire, les comportements humains.

Parfois très complexes, Nietzsche travaille par fragments éparses, les réunir et le définir serait finalement absurde. Pour ma part, je retiens un grand nombre de ses aphorismes, notamment pour son immense lucidité, sa plume enflammée et ses envolées lyriques, son côté visionnaire.

Ma lecture de ce philosophe dure depuis deux ans et je n’en suis qu’au deuxième livre : long à lire, long à méditer… Le premier était « Par delà le bien et le mal » (1886). Comme le titre le suppose, Nietzsche aborde essentiellement la question de la morale, et se place au-dessus des préjugés moraux (religieux, politiques) et de l’opposition des valeurs de son temps (à l’origine des nôtres). Ainsi libre, partisan d’aucune valeur, il examine un grand nombre de sujets sur lesquels il croit que la morale aveugle l’opinion commune.

« La vie se compose de rares instants isolés, suprêmement chargés de sens et d’intervalles infiniment nombreux, dans lesquels nous frôlent tout juste les ombres de ces instants. L’amour, le printemps, une belle mélodie, la montagne, la lune, la mer – tout ne parle qu’une fois entièrement au coeur : si même il arrive qu’ils prennent la parole tout à fait. Car beaucoup de gens n’ont pas même ces moments et sont eux-mêmes des intervalles et des pauses dans la symphonie de la vie réelle ».

Personnellement, je peux dire qu’il m’a ouvert les yeux (sur l’art, la politique, l’humain…) et transmis cette distance qui permet de raisonner librement.

« Comment le penseur utilise une conversation. – Sans être précisément un écouteur, on peut entendre beaucoup si l’on a appris à bien voir, tout en se perdant de vue pour un certain temps. Mais les hommes ne savent pas utiliser une conversation ; ils mettent beaucoup trop d’attention à ce qu’ils veulent dire et répondre, tandis que le véritable auditeur se contente parfois de répondre provisoirement et de dire simplement quelque chose, comme un acompte fait à la politesse, emportant par contre dans sa mémoire pleine de cachettes tout ce que l’autre a formulé, plus le ton et l’attitude qu’il mit dans son discours. – Dans la conversation habituelle chacun croit mener la discussion, comme si deux vaisseaux qui naviguent l’un à côté de l’autre et qui se donnent un petit choc de temps en temps avaient l’illusion de précéder ou même de remorquer le vaisseau voisin.”

« Aspirer au ’’libre-arbitre’’, dans cette acception métaphysique et superlative qui continue à faire ravage malheureusement dans la cervelle des gens à moitié instruits, revendiquer pour ses actes une responsabilité entière et ultime afin d’en décharger Dieu, le monde, les ascendants, le hasard et la société. »

Aujourd’hui, je continu à lire Nietzsche avec patience, pour bien saisir ses idées souvent subversives, paradoxales, anticonformistes; Je lis Le Gai Savoir (1882), qui possède une forme similaire au premier, d’ une  multitude d’ aphorismes traitant de tous les sujets. C’est pratique et ludique finalement ce genre de composition, pour de la philo.

« Car enfin, qu’est-ce qui nous force à admettre qu’il existe une antinomie radicale entre le  » vrai  » et le  » faux  » ? Ne suffit-il pas de distinguer des degrés dans l’apparence, en quelque sorte des couleurs et des nuances plus ou moins claires, plus ou moins sombres — des  » valeurs  » diverses, pour employer le langage des peintres ? Pourquoi le monde qui nous concerne ne serait-il pas une fiction ? Et si l’on objecte qu’à toute fiction il faut un auteur, ne doit-on pas carrément répondre: pourquoi ? Cet  » il faut  » n’appartient-il pas lui aussi à la fiction, peut-être ? »

« Nous avons une fois été si près l’un de l’autre, dans la vie, que rien ne semblait plus entraver notre amitié et notre fraternité et qu’il n’y avait plus entre nous qu’un petit passage. Au moment où tu voulus t’y engager, je t’ai demandé : « Veux-tu prendre le passage pour venir auprès de moi ? » — Mais alors tu changeas d’avis et, lorsque je t’en ai prié encore une fois, tu ne me répondis rien. Depuis lors des montagnes et des fleuves et tout ce qui peut séparer et rendre étranger s’est précipité entre nous, et, si nous voulions nous rejoindre, nous ne le pourrions plus. Mais lorsque tu songes maintenant à ce petit passage, tu ne trouves plus de paroles, — il ne te vient que des sanglots et de l’étonnement. »